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 Ghinzu

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Ghinzu : le 6 février, la nuit des longs couteaux

C’est en 1999 que John, Mika et Greg se lancent dans l’aventure Ghinzu avec "Electronic Jacuzzi". L’alchimie prend, le groupe s’agrandit et, cinq ans plus tard, le succès arrive avec "Blow". S’ensuit une tournée internationale de deux ans pour ces musiciens toujours affublés de costards et de lunettes de soleil, marques de fabrique de Ghinzu, qui aime se la jouer "sex, drugs & rock’n’roll".


Dix ans après leurs débuts, le groupe 100% made in Bruxelles sort son troisième album, “Mirror Mirror”, dont la tournée s’achèvera par un concert à Forest National le 6 février prochain. Et pour parler de cette tournée, rendez-vous fut pris avec l’énigmatique leader du groupe, John Stargasm, à Saint-Géry.

Un album difficile à accoucher. Comment expliquez-vous cela?
Après “Blow”, on a tourné pendant deux ans, et c’est vraiment difficile de composer pendant une tournée. Il nous a fallu six mois pour nous remettre du succès international de l’album. Alors, au final, ça nous a pris un an pour faire “Mirror Mirror”. Il n’y a pas eu de grosse pression des maisons de disque, on fonctionne de manière assez autonome, surtout au niveau de la production. On voulait juste que ce soit aussi bien que l’album précédent.

L’image que le public a de l’album n’est pourtant pas toujours positive.
Je le comprends. C’est normal que tout le monde ne se retrouve pas dans ce nouvel album. Personnellement, je trouve ça mieux. “Blow” était un album “trippant”, en rupture avec le quotidien. “Mirror Mirror” est un album plus écrit, plus puissant, plus direct. Il m’amène directement où j’ai envie d’aller, même si c’est un peu égoïste. On ne prend pas l’auditeur par la main pour lui dire : “Ça trippe, attention, ça monte, puis ça pète”, comme sur “Blow”. C’est un album moins calme, un peu plus énervé.

Quand on écoute les paroles, “Blow” était plus osé. Ici, vos textes sont plus posés. D’où vient cette évolution ?
Ce que j’aime beaucoup, c’est que les paroles sont plus abouties sur cet album-ci. Ce sont des contes, des morceaux qui s’inspirent d’une certaine réalité, qui emmènent le public dans un univers un peu fantastique. Les sujets peuvent être tout et n’importe quoi, mais ce sont des choses qui nous parlent, qui nous entourent, qui font référence à des choses qu’on a vécues.

“Birds In My Head” a des allures de film d’horreur. D’où est parti ce délire ?
Dans le cadre de ces enregistrements, il y a eu pas mal de moments où on a pu improviser, expérimenter... Plus jeunes, on écoutait beaucoup Suicide, un groupe avec un côté lourd et malsain que j’aime beaucoup. On a voulu lui rendre hommage avec ce morceau. Et surtout, je voulais montrer à un maximum de monde que je sais imiter les oiseaux en sifflant !

Vos derniers concerts ne se sont pas tous très bien passés…
Les vingt premières dates, je n’ai pas trouvé ça formidable. C’est pas facile pour un groupe très bon en live comme nous d’arriver avec un nouvel album et de trouver directement ses repères. On se rend compte que le public a des attentes assez fortes. On n’est pas d’excellents musiciens, non plus ! Avec “Mirror Mirror”, on doit se surpasser au niveau du jeu. Werchter était un bon concert, mais il y a eu une panne électrique qui a coupé le set en deux et fait un peu tomber l’ambiance. Le Pukkelpop était très bon, mais en journée, à 14h, par 40°, je peux comprendre que ce n’était pas génial pour le spectateur. Et pour les Fêtes de Wallonie, j’avais l’impression que le concert était bon, mais j’ai pu lire effectivement que ce n’était pas le cas pour le public. C’était un de mes meilleurs souvenirs, pourtant ! Sur scène, on perçoit souvent les choses différemment. Tu te rends compte en faisant des dates qu’il faut assurer un minimum de qualité aux gens qui ont acheté leurs tickets, être généreux, s’engager une fois sur scène. On donne énormément, c’est ça qui fait qu’on est un bon groupe. Et le public n’y est pas insensible.

Les lunettes noires, le costard, votre nom de scène vous donnent une image de star. Provoc’ ou mégalo ?
Un peu par rébellion. Mais c’est important, quand tu fais quelque chose, d’y croire et de te prendre au jeu. Les mecs qui nous ont donné envie de faire de la musique étaient des gens bizarres avec des lunettes de soleil. On est en plein dans cette démarche-là. Je ne vais pas la “belgifier” pour faire plaisir à des gens qui trouvent ça trop provocant. Si j’ai envie de mettre des lunettes de soleil quand il fait noir, je les mets ! Et puis, en tournée, tu fais la fête tous les soirs, tu as une gueule de déterré, tu es tellement crevé que les lumières t’agressent, tu as des spots dans les yeux... A ce moment-là, les lunettes de soleil sont nécessaires pour voir où tu joues. Il y a donc un coté pratique.Je considère que le rock, c’est la Formule 1 de la frime. Et c’est ce qui me plaît aussi, de se la péter ! Si tu as envie de communiquer quelque chose, il faut t’en donner les moyens. C’est aussi un spectacle. Un groupe de musiciens en vieux pulls de laine avec des écharpes, ça ne fait pas rêver !

Quand on vous voit sur scène, on a du mal à imaginer que vous êtes père de famille...
J’ai bien l’impression que plusieurs gouvernements régissent ma personnalité, et j’ai la chance d’avoir une femme qui comprend l’importance de ce que je fais. Jacques Brel, par exemple, a chanté beaucoup de chansons anti-bourgeoises, pourtant il vivait de façon très bourgeoise. C’est très belge d’être dans une vie qu’on aime et qu’on déteste à la fois. Cette bourgeoisie a des côtés négatifs et la musique me permet de temps en temps de les dépasser.

Le 6 février, vous jouez pour la première fois sur la scène de Forest National. Le son n’a pas la réputation d’y être très bon.
C’est pour ça qu’on fait un Forest Club, pour avoir les rideaux et essayer d’étouffer le son. On a joué quelques fois à l’AB et au Botanique. On s’est dit pourquoi pas essayer Forest, on l’aura fait au moins une fois ! Ça ne veut pas dire qu’on ne retournera pas dans des salles comme l’AB. Ça dépendra du public aussi, ils n’auront qu’à tous venir avec des Millet, des pulls en laine et des moonboots !

Et Bruxelles dans tout ça ?
“Bruxelles, c’est un certain type d’environnement qui te confine à des habitudes. Tu as parfois l’impression d’être enfermé, de vouloir partir, de devoir voyager pour te sentir bien. Dès que tu vas vivre à l’étranger, tu te rends compte que Bruxelles est une ville géniale. J’ai habité à Paris, à New York, mais Bruxelles, c’est mes racines, c’est là que j’ai envie que ça se passe. A partir du moment où tu veux atteindre un certain niveau, tu es un peu obligé de déménager à Londres, à Brooklyn ou à Los Angeles. Tu dois pouvoir être disponible et visible là où c’est important. Je pense qu’il y a certains groupes belges qui manquent ces opportunités-là car ils ne veulent pas habiter ailleurs. Le Belge a été éduqué avec une certaine autodérision et ne comprend pas ces mecs qui ont quatre Lamborghini roses, la folie des grandeurs ! Il a toujours eu un regard vachement critique sur tout ce qui est mégalomane. Et un mec comme Jean-Claude Van Damme, le Belge l’aime parce qu’il est belge, mais ne comprend pas ce qu’il est devenu et se moque de lui.”



“Moi... un groupe de musiciens en vieux pulls de laine avec des écharpes, ça ne me fait pas rêver !”

MAILYS CHARLIER

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