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Le potache Bucquoy
Il projette le coup d’Etat le moins bien organisé du monde le mai, sera à Cannes entre-temps,
histoire d’y vendre son nouveau film “Les vacances de M. Noël”. “La vie sexuelle des Belges”
et “Camping Cosmos” viennent de sortir en DVD. Jan Bucquoy est un révolutionnaire fort occupé...
Jan Bucquoy n’est pas cinéaste, ni “bête” politique, ni scénariste de BD, ni même musicien ou organisateur d’événements (le musée du Slip de Schaerbeek, c’était lui). Il se dit “animateur d’un club sous la pluie qui s’appelle la Belgique. Ou plutôt : réanimateur !” La Belgique, c’est l’Orient, l’Occident, le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest de Jan Bucquoy. Tout petit déjà, Jan Bucquoy “était belge. Pas flamand ou francophone, non: belge. Je faisais des farces, je parlais les deux langues, j’aimais aussi bien la culture flamande que la française”. Ce natif de Harelbeke se forgea ainsi une culture “belge” faite d’un truculent mélange communautaire. Étudiant, il fit l’Insas à Bruxelles (en français) tout en suivant des cours de philosophie morale à Gand, histoire de puiser dans les deux mannes culturelles. “Je sais bien que je deviens un dinosaure de ce côté-là : on n’en trouve plus beaucoup, des gens qui rêvent en bilingue comme moi et qui sont l’archétype du Belge de la Belgique communautaire...”
Coup d'Etat Mais c’est de naissance, Jan Bucquoy lui voue un amour sans pareil “Pour moi, la belgitude, c’est être libre. C’est savoir que tout est possible et c’est important pour un créateur de se sentir totalement libre. Il faut préserver ça !” ; tout en la trouvant souvent de plus en plus à côté de la plaque du côté des autorités. “La politique, ce doit être une façon d’être dans l’action et de dire que l’on peut vivre autrement. Et aujourd’hui, ça ne va pas. Et les gens râlent mais personne ne fait rien. Alors je leur dis : mettons-nous en marche !”. Dernière corde à son arc : le coup d’Etat de Jan Bucquoy du 21 mai prochain. Son plan dans les grandes lignes : il va s’attaquer au Palais royal, remplacer le drapeau belge par un autre de sa composition et, si tout fonctionne à merveille, des élections calquées sur le principe du lotto seront organisées : on tirera au sort des numéros nationaux pour occuper les postes à responsabilités de l’État... Premier, deuxième, huitième degré ? “Mon coup d’Etat sera... le moins bien organisé du monde”, assure- t-il, toujours aussi satisfait. Le trublion, ami de l’entarteur Godin, a envie de marquer le coup, de persister et signer dans son registre “révolutionnaire... romantique. Romantique parce que je rêve encore et toujours, moi!” Film autobiographique A près de 60 ans, il ne se décourage même pas : “Petit à petit je vieillis et la mort s’approche. Mais chaque année qui passe fait que tu as moins à perdre ! Et c’est aux personnes qui ont de l’expérience, qui ont un passé, de faire quelque chose pour... la communauté. Il ne faut pas se reposer sur les jeunes. Je pense que c’est un devoir de ma génération de montrer jusqu’où on peut aller. Je le fais à ma manière.” Sa manière, c’est de suivre ses idées du moment, quitte à choquer et à sauter les deux pieds joints dans le mauvais goût et la blague de potache. Et c’est comme ça que ce parleur prolixe, à l’oeil rigolard derrière ses lunettes rondes, est entré dans la mouvance des gens qu’on connaît. Quand il réalise La vie sexuelle des Belges sorti en 1992, personne ne croit au succès de ce film à petit budget, chronique surréaliste mâtinée d’autobiographie, tranche de vie entre déconnade et pamphlet. Et pourtant ! Le voilà lancé. Suit Camping Cosmos avec Lolo Ferrari, “Ma Marylin Monroe à moi. Elle a pourtant été un frein pour le film : elle était too much pour les gens”. Il fit parler de lui aussi avec son document sur la fermeture des usines Renault à Vilvorde.
Stoef sur la Croisette Aujourd’hui, en 2005, il revient avec Les vacances de Noël, un film entre document et fiction sur les péripéties de Noël Godin à Cannes l’année dernière. “J’ai connu Noël à l’époque de mon journal satirique “Belge”, il y a vingt ans. On a le même âge, une vision radicale du monde, on s’amuse des mêmes choses”. “En 2004, je suis revenu de Cannes avec 150 heures de film. Et j’ai monté tout ça, en y ajoutant quelques images d’archives”. C’est à partir du 1er juin, à l’Actor’s, que l’on pourra voir son opus. En attendant, M. Bucquoy se rendra sur la Croisette avec son éternel ami, faire de son “stoef” et promouvoir son film en organisant une grande fête avec starlettes et champagne. Tout devrait être contrôlé : les deux hommes sont tenus à l’oeil et on ne leur accorde plus d’accréditation depuis 1995... L’année dernière, Noël Godin avait quand même pu monter les marches dans le cadre de “Cinéastes à tout prix” de Frédéric Sojcher. Et il s’était empressé d’enlever son pantalon avant d’être évacué par la sécurité. Jan Bucquoy filmait depuis une tribune de presse, tout sourire, et raconte l’anecdote avec encore des paillettes de rires derrière ses lunettes... “On en avait parlé ensemble !” On vous le disait : les blagues de potache, il ne pourra jamais s’en passer...
Mon petit Proust
Le principal trait de mon caractère : l’humour.
La qualité que je préfère chez les hommes: la sincérité.
La qualité que je préfère chez les femmes: le mensonge!
Mon principal défaut: la sincérité
Ma principale qualité : la liberté de pensée.
Mon rêve de bonheur: changer le monde, mais la Belgique d’abord.
Ma devise : le Belge rêve, les autres dorment.
Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.
E.W.
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● 1945 Naissance le 16 novembre à Harelbeke de Jan Bucquoy.
● 1957 Sa mère l’envoye à l’école à Mouscron pour apprendre le français. Depuis, il est parfaitement bilingue.
● 1968 Arrive en octobre à Bruxelles. En mai, il était à Paris ! ● 1994 Premier film, premier succès : “La vie sexuelle des Belges”.
● 2005 Il organise un coup d’État le 21 mai... |