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Fabrizio Rongione met le rire aux planches
L’automne 2009 signe le grand retour du comédien bruxellois. Resté pour beaucoup le visage du jeune Riquet aux côtés de la sauvageonne Rosetta des frères Dardenne dans leur premier film palmé à Cannes, l’artiste revient en force sur les planches de la capitale.
Il occupera aussi notre petit écran, avec la suite de la très ambitieuse série-saga "Un village français". En principe, jusqu’en 2013 !
Pour le grand public, Fabrizio Rongione, c’est l’“adulescent” Riquet donnant la réplique à Rosetta (Emilie Dequenne) dans le film des frères Dardenne qui remporta la Palme d’Or à Cannes en 1999. Depuis, le jeune premier au visage obscur masquant mal ses inquiétudes intérieures n’a eu de cesse d’accumuler de l’expérience, de jouer et de tourner. A 16 ans déjà, le jeune prodige allumait les planches de l’Institut Mont-joie à Uccle en y interprétant La Cantatrice chauve d’Ionesco. Ensuite, ce seront l’Aca de Woluwe, l’atelier théâtral des Communautés européennes et la fac d’histoire de l’ULB, où il rencontrera son pote Samuel Tilman (entre-temps docteur sur-titré passé par Oxford et réaliste-docu-scénariste en vogue). Ensuite viendra le Conservatoire de Bruxelles, section théâtre, après avoir tiré les enseignements d’un an de classe libre au cours Florent de Paris. “ En soi, le métier de comédien ne s’apprend pas là .”
Culture du verbe
Les deux larrons écrivent à quatre mains, d’abord un deux-en-scène inspiré du cabaret français, puis du café-théâtre. Avec A genoux, le duo décroche le Prix du Théâtre 2002. Bilingue, Rongione joue Zeno dans Le Parole di mio padre, d’après un classique de la littérature italienne, interprète le Napoléon de Robert Hossein, et participe à Ça rend heureux du jeune réalisateur Joachim Lafosse (Folie privée, Nue Propriété, Elève libre). Depuis, le Bruxellois s’avouant “un peu privilégié” veut rester “en recherche de travail permanente”. Ce passionné de la res publica et de géopolitique, ce boulimique de presse écrite et de débats télévisés est aussi tenaillé par l’écriture de ses propres films, tout en ayant trouvé une partie de ses apaisements : “Etre acteur, c’est un besoin, comme respirer ou manger.” Malgré ses agents parisien et romain, Rongione court encore les castings, aimant se mettre en danger.
Petit écran aussi
Entre-temps, celui qui “voulait être comique à la base”, admirant Bourvil, de Funès et leur alter ego italien Toto, a attiré le regard des majors du petit écran. Et notamment de Philippe Triboit pour l’inédite et spectaculaire série Un village français. Prévu jusqu’en 2013, ce rendez-vous télévisuel devrait comporter soixante épisodes, diffusés par salves avant et après chaque période de grandes vacances. Programmée sur l’une des chaînes publiques de France Télévisions, cette chronique de la guerre au quotidien narre, à raison de douze heures de film par année d’Occupation, cinq années de la vie d’un petit village du Jura à l’heure hitlérienne. Ses habitants oscillent entre inertie, collaboration et résistance. Dans ce projet – le plus ambitieux de la fiction française –, la distribution belge est surprenante. Outre le Schaerbeekois Fabrizio Rongione (Marcel, l’ouvrier communiste), la série rassemble en effet une véritable colonie belge qui squatte la dizaine de rôles principaux récurrents : les Bruxello-parisiens Nicolas Gob et Marie Kremer, le Montois Patrick Descamps et la Libramontoise Nade Dieu. La prochaine salve (3 x 2 épisodes) sera diffusée en prime time sur France 3 à partir de la mi-octobre. Visiblement, le grand public accroche : le tir inaugural de juin dernier a rassemblé 5,6 millions de téléspectateurs français et capitalisé de très bonnes audiences en Belgique francophone (190 000), supplantant même certaines soirées de télé-réalité, pourtant généralement très prisées en terme d’audimat.
Brûler les planches Avant de truster bientôt notre petite lucarne, Rongione a aussi enchaîné tranquillement le dernier “Dardenne²”, Le Silence de Lorna, et le très politique Prima Linea, qui a ouvert la Mostra de Venise le 2 septembre dernier. Il y incarne un brigadiste, aux côtés de la coqueluche des adolescentes Riccardo Scarmarcio. Mais le Bruxellois dans l’âme est également le comédien titulaire d’un des rendez-vous de l’automne zinneke, avec le spectacle comique “On vit peu mais on meurt longtemps”, sur les préoccupations environnementales et écologiques. Un spectacle dont la vie ne cesse de grandir pour cause de succès public ! A voir à la Toison d’Or, à Ixelles (15-16/11, au 396-398 Galeries de la Toison d’Or, 02 510 05 10). “Puis je pars en tournée avec Turandot de Gozzi, monté par Dominique Serron, l’une des plus grandes metteuses en scène de Belgique.” Notamment aux théâtres Molière et Jean Vilar (février 2010), “avec mon vieux pote de Conservatoire Laurent Capelluto”.
Bruxelles “De sa campagne des hauteurs napolitaines, mon grand-père a émigré ici en 1957 dans cette ville unique et très cosmopolite. Toute ma famille a d’abord vécu dans le quartier de la Samaritaine, les Marolles, quoi ! Un de ses cousins exploitait le restaurant Aux Bons Enfants, au Grand Sablon. J’y étais tout le temps fourré : on y préparait la vraie cuisine italienne. On a aussi habité Ixelles, près du Styx. Aujourd’hui, on vit à Schaerbeek. Ma mère y exploite encore toujours le restaurant Da Napoli, avenue Chazal. J’ai vécu à Paris et à Rome, mais j’aime trop Bruxelles pour vivre ailleurs. Même si j’ai été élevé dans le vin et non la bière.”
Philippe Golard
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