|
Au printemps, apparaissent les premiers bacs et ronds-points
fleuris. Mais toute l’année, des jardiniers travaillent à embellir
nos cités. Visite des serres de Bruxelles-Ville.
En cette matinée de mars, il règne dans la serre une douce chaleur humide. Sur les bacs de cultures, des centaines de primevères forment des rangs multicolores. Ces fleurs doivent être repiquées dans quelques jours à la place De Brouckère… “Nous devons attendre car une manifestation est prévue… Mais les fleurs ne peuvent patienter éternellement. Ce n’est pas toujours facile de concilier les besoins, la météo et les événements dans la capitale”, note Jean-Michel Demortier, ingénieur industriel responsable des lieux… Un peu plus loin, 25 000 géraniums attendent mai pour découvrir la capitale. C’est ici, à Sterrebeek, à 15km de la Grand-Place, que sont cultivées toutes les plantations de la Ville, des fleurs aux arbres, des bacs aux parcs. La pépinière s’étend à perte de vue sur 12 hectares, et bénéficie depuis 15 ans de 5000m2 de serres, gérées par ordinateurs. Difficile d’imaginer que cette infrastructure XXL soit exclusivement vouée à fleurir Bruxelles- Ville ! Le lieu fonctionne en quasi-autonomie. Même le compost est réalisé sur place. “Beaucoup de Bruxellois ignorent que ces pépinières existent. Nous sommes en dehors de la Région, mais c’est pratique, car à égale distance entre Haren et le bois de La Cambre”, explique l’ingénieur. Trente-cinq personnes travaillent ici toute l’année pour fleurir la Ville, mais aussi entretenir le mobilier public. Un nombre auquel il faut ajouter les 15 équipes qui sillonnent le territoire.
Deux ans à l’avance A côté des fleurs, les pépiniéristes communaux s’occupent aussi des arbres et arbustes. “Nous achetons des plants de petites tailles dans le privé et nous les faisons grandir ici, jusqu’à ce qu’ils soient prêts pour la ville... et pour résister au vandalisme”, décrit Jean-Michel Demortier. Tilleuls, platanes, érables : des centaines de jeunes arbres attendent ainsi de monter à la capitale. “Nous avons un stock de roulement, quand il faut faire un remplacement. Par ailleurs, la Ville régénère rue par rue les arbres et décide un ou deux ans à l’avance de ce que l’on va planter.” Au total, 7000 arbres décorent la ville, dont 1500 plantés ces quatre dernières années. En ce qui concerne les fleurs, ce sont les responsables du centre horticole eux-mêmes qui décident. “Nous dessinons chaque année les montages. Les classiques restent : tagettes, géraniums, etc. Mais, parfois, nous faisons des choses spéciales, comme lors des mariages princiers… Pas facile de représenter le drapeau belge : il y a peu de fleurs noires !” Derrière ce grand jardin citadin, se cachent bien sûr les autorités communales qui consacrent un gros budget aux plantations : plus de 3millions sont prévus pour les plantes en 2005, et deux autres pour reconstruire les bâtiments du service. “Nous avons doublé le fleurissement de la ville depuis le début de la législature et nous avons investi dans un matériel de pointe. Nous sommes maintenant à notre maximum, au vu du personnel dont on dispose”, explique Marie-Paule Mathias, échevine des espaces verts. Et d’évoquer les projets de la ville : analyse phyto-sanitaire de tous les arbres, création d’un parc àHaren et rénovation au cimetière de Bruxelles. “Nous aimerions aussi installer un système à puces sur les arbres pour les référencer par ordinateur, comme à Paris.”
Privé et public réunis Si les serres de Sterrebeek sont certainement les plus grandes serres communales de la Région, d’autres communes possèdent aussi leurs infrastructures, comme Woluwe-Saint-Lambert. Certaines préfèrent, par contre, recourir à des entreprises privées pour les plantations, comme à Ixelles, où seuls les arbres sont élevés dans une pépinière communale. Enfin, sur les voiries régionales, le jardinage à grande échelle est assuré par la Région. Un travail d’embellissement auxquels on peut encore ajouter les concours “façades fleuries” destinés aux citoyens et qui débuteront en mai dans la plupart des communes (infos aux administrations). Tout le monde peut ainsi participer à la réalisation d’une ville fleurie, privé et public main dans la main… verte.
Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.
FANNY BOUVRY
PRATIQUE
Des emplettes vertes ■ La pépinière de Boitsfort, avec ses 1,5 hectare, est probablement le plus grand complexe du genre de la Région. Créée fin des années 20, elle bénéficie, depuis 2002, de 1600m² de serres. Mot d’ordre : le conseil au client. Brigitte De Taffe donne ici des pistes pour aiguiller les jardiniers en herbe. ■ Où? : av.des archiducs, 76 à 1170 Watermael. Tél. : 02/6725151. www.pepiniere.be. Ouvert du lundi au vendredi (8-18h) et le samedi (8-17 h). Diverses journées à thèmes sont organisées: pièces d’eau (23/4), terreaux et engrais (7/5), produits phyto (14/5, 21/5), jardin bio (28/5).
Le BA-Ba ■ Il ne faut pas sous-estimer les petits jardins de ville. S’ils sont difficiles à cultiver à cause de l’ombre des façades, ces lieux ont aussi beaucoup de charme et permettent des cultures étonnantes, comme le palmier, dans certaines cours qui gardent 10 degrés l’hiver. ■ Les saisons propices pour planter sont le printemps et l’automne. Il est conseillé de bêcher le jardin en novembre, pour que l’eau pénètre. Et de griffer la terre en mars pour que l’eau remonte.
Des goûts régionaux ■ Si, au nord du pays, les gens aiment les jardins structurés, verts tout le temps, le Bruxellois préfère souvent les jardins aux saisons marquées. Peut-être parce que le citadin vit dans le béton, et veut sentir la nature évoluer. En Wallonie, on trouve une tendance potagère qui a presque disparu à Bruxelles.
Vivace ou annuelle ■ Les plantes vivaces (qui durent des années et refleurissent spontanément), comme la lavande, sont très à la mode. Mais celles-ci demandent plus d’entretien qu’on ne le croit. ■ La saison des plantes annuelles commence début mai. Mais, à Bruxelles, rares sont les gens qui sèment encore des graines. Les pépinières de Boitsfort proposent donc – pour certaines espèces en exclusivité– des plantes déjà cultivées, à repiquer. ■ Le jardin doit mêler ces deux types de fleurs pour rester attractif toute l’année. Un tiers des plantes du jardin doivent être persistantes pour assurer cet équilibre.
Petits arbres citadins ■ Idéaux en ville, les arbustes ne nécessitent que peu d’entretien mais ne doivent pas être choisis trop grands par rapport à la taille du jardin. Les amateurs d’espace zen opteront pour un érable, une azalée, un magnolia. D’autres, plus traditionnels, prendront une potentille, un forsythia. ■ Les bambous sont également prisés car ils donnent vite un effet de masse verte. L’olivier peut aussi être cultivé en ville mais il nécessite un sol chaud et drainé. Il est donc conseillé de mettre du sable de lave à la plantation et de le protéger d’un voile lors des grands froids. Les conifères, enfin, n’ont plus guère de succès. Ils ne devraient pourtant pas être négligés car ils donnent de l’allure aux jardins en hiver.
Des fleurs au balcon ■ Si les terrasses plantées sont courantes à Paris, Bruxelles se défend aussi plutôt bien en la matière. Certains habitants réalisent de véritables jardins suspendus, en pots, qui nécessitent un système d’arrosage automatique. Les bambous sont là aussi très en vogue, ainsi que les panneaux de bois qui permettent de créer un jardin vertical pour donner du volume à la composition. ■ Ceux qui ne bénéficient que d’un balcon peuvent également y placer des jardinières avec des plantes condiments (lire ci-dessous), ainsi que des plantes annuelles ou vivaces.
Uni ou multicolore ■ Côté couleur, les plantes ne suivent pas vraiment la mode vestimentaire et il n’est pas question de faute de goût lorsqu’on mélange les tons. Généralement, les gens optent soit pour une gamme unie, soit pour une composition multicolore, beaucoup moins souvent pour un assortiment bi ou tricolore. ■ Par ailleurs, lorsque l’on opte pour un ensemble multicolore, mieux vaut choisir des espèces différentes, plutôt que de décliner l’arc-en-ciel avec un même type de fleur.
Planter et cuisiner ■ Les plantes condiments (sauge, thym, menthe…) sont à la mode en ville car elles sont vertes toute l’année et peuvent servir aux préparations culinaires exotiques et méditerranéennes. ■ Les citronniers d’appartement sont également pratiques pour cuisiner “bio”. Ils s’acclimatent dans une pièce humide et lumineuse (salle-de-bains, cuisine) et peuvent être sortis de la mi-mai à la fin septembre. Les arbres fruitiers ont du succès à Bruxelles, surtout ceux à fruits rouges. Un maître achat: le framboisier jaune, dont les fruits sont plus sucrés et rougissent quand ils sont cuits.
Bio à gogo Le bio a fortement la cote dans les jardins, d’autant plus que le Bruxellois recherche se lien perdu à la terre. Tous les accessoires de jardin –bacs à plantes, clôtures, etc.– sont plutôt choisis en bois qu’en plastique. Parmi les produits respectueux de l’environnement, on peut retenir : les larves de coccinelles, mangeuses de pucerons, et les nématodes contre les limaces.
|