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Dossier


Le choix de la simplicité

Bernard et Mélanie Delloye ont choisi de vivre dans la simplicité. Au quotidien, ils font en sorte que chacune de leurs actions corresponde à leur philosophie de vie. Ils ne possèdent ni voiture, ni télévision, ni électroménager. Libérés de ces contraintes matérielles, ils n’hésitent plus à partir à l’aventure avec leurs deux enfants, Pierre et Madeleine.

En avril 2003, la famille Delloye quitte Bruxelles à pied. Deux ânes portent leurs maigres bagages. Guidés par le hasard des rencontres, ils n’ont aucune idée de leur destination finale. Le petit groupe, décidé à ne pas se retourner, traverse la France, l’Espagne et le Portugal. Les enfants sont alors âgés de six et huit ans. “Avant de partir, nous étions déjà décidés à changer de vie, Mélanie et moi. Ce voyage nous a confortés dans nos positions.” De retour en Belgique, Bernard et Mélanie Delloye cessent définitivement toute activité professionnelle.
Pour avoir de quoi vivre, ils vendent leur maison et ne perçoivent plus que des droits d’auteur pour les deux livres qu’ils ont écrits. “Evidemment, notre niveau de vie a aussi dégringolé. Mais plutôt que de chercher à l’améliorer, nous avons choisi de changer de vie et de nous contenter du minimum”, ajoute Bernard, qui assume parfaitement son choix. “Cela devient naturel avec le temps. Si les gens savaient la place qu’on gagne dans un appartement quand on n’a pas partout cet électroménager ! Plus besoin de garage non plus, etc.”

Vivre mieux avec moins

Désormais, la famille loue deux étages d’une maison : une cave aménagée et un rez-de-chaussée. “Nous n’avons pas de chambre, le sous-sol sert de dortoir. Mais cela ne nous empêche pas de vivre avec le sourire, c’est même une chance d’avoir de l’électricité ! Nous sommes heureux à Bruxelles, même si nous préférerions être paysans ou nomades.” Le couple a conscience de vivre dans une ville très aérée qui compte plus de 200 parcs. “Il y a des tas de choses à faire ici, on ne s’y ennuie pas du tout.”
Bernard Delloye n’utilise jamais le terme “écologiste” pour se qualifier. “Je ne l’ai jamais été. Nous voulions tout simplement que nos enfants puissent respirer, boire de l’eau potable et avoir un toit pour s’abriter. Il faut très peu de chose pour être heureux finalement.” Bernard et Mélanie ont les yeux qui pétillent quand ils parlent de leurs conditions de vie. La satisfaction se lit sur leur visage. Bernard cite Chateaubriant : “Le bonheur coûte peu ; s’il est cher, il est de mauvaise espèce.” Pour désigner leur mode de vie “alternatif”, il se réfère à de nombreux philosophes tels Rousseau, Tolstoï ou encore Gandhi. Il insiste sur le fait que lui-même n’a rien inventé, mais qu’il tente de mettre en application, au jour le jour, ce que ces illustres penseurs préconisaient en leur temps.

L’école de la vie

“J’ai passé 17 ans à l’école, mais j’en suis sorti ignorant”, annonce Bernard Delloye. Il estime avoir bien plus appris lors de ses expériences personnelles que pendant ses études. Il se réfère au penseur Ivan Illich selon qui l’institution scolaire finit par persuader les gens que l’enseignement ne vient qu’à travers elle. Or, nous sommes avant tout autodidactes. Mélanie Delloye explique sa vision des choses : “On peut apprendre de tout, et pas seulement à l’école. Tout est possible dans la vie : on peut quitter les rails, et puis décider de revenir.” Dans cette optique, le couple fait tout pour que leurs enfants multiplient leurs centres d’intérêt. Cela dit, pour le moment, ils ne semblent pas sur la même longueur d’onde que leurs parents, car ils continuent d’aimer leur école.
Finalement, pour la famille Delloye, ce qui compte le plus, c’est l’action juste, peu importe le résultat. Il faut prendre le temps de réfléchir à ses actions et à leurs conséquences afin qu’elles ne nuisent pas à la société.
En quête de sens, les Delloye ont décidé d’assumer leurs responsabilités.


Un mode de vie qui peut étonner

Mélanie et Bernard Delloye ont eu deux vies. Dans l’ancienne, Bernard, 44 ans, était avocat et Mélanie, journaliste de formation, l’assistait. Mais ça n’était pas leur idéal de vie. Un jour, ils ont décidé de tout plaquer et de partir avec leurs deux enfants, sur les routes, avec deux ânes. Leur voyage durera trois ans (le livre “Classes de Terre” raconte la première année de marche).
Lorsqu’ils rentrent, ce n’est pas pour reprendre leur précédent mode de vie, loin de là!
Aujourd’hui, ils profitent de leur temps libre, simplement, et élèvent leurs enfants. Ils ont un petit potager dans le Condroz dans lequel ils se rendent régulièrement et produisent notamment du jus de pomme. Le couple fait aussi des conférences. Ils se rendent parfois à des meetings


A lire, “Classes de Terre” aux éditions En Toutes Lettres, écrit par Bernard Delloye et “Le rythme de l’âne” aux éditions Transboréal, écrit par Mélanie Delloye.


Nicolas Rozen

Un monde sans voiture

La famille Delloye rêve d’un monde sans voiture. Un monde où les piétons et les cyclistes seraient rois et où les transports en commun circuleraient seuls  sur la voirie.

Le pire cadeau que l’on puisse offrir à Bernard Delloye serait sans conteste une voiture. Il n’en voudrait pour rien au monde. Certes, sa famille a tiré un trait sur les petits dîners à l’autre bout de la ville. Certes, ils réfléchissent à deux fois avant de se déplacer sur plus de 100 km. Mais, ils ont pris conscience de la richesse qui préside dans les relations de proximité. L’aventure humaine commence dans sa propre rue.

Que vous inspirent les voitures ?
Je n’ai rien contre l’engin en lui-même, j’apprécie la prouesse technique. Mais à Bruxelles, l’espace public est complètement envahi par les voitures. Elles occupent à elles seules 80 % de toute la voirie. Cet espace public est donc privatisé. Les anciens chemins piétonniers ou réservés aux chevaux ont été asphaltés pour faciliter le passage des voitures. Pourtant, les transports en commun nous permettent de circuler librement. Considérant le temps passé à la payer et à la conduire, la voiture n’est pas plus rapide que le vélo. Et je ne parle pas de ce qu’elle coûte à la collectivité…

Quel a été le moment le plus fort de votre voyage à pied ?
Pendant notre voyage, on est parti à la recherche d’un village abandonné en Espagne pour hiverner. Je voulais voir comment fonctionnait ce village sans voiture. L’Espagne est un eldorado pour les villages abandonnés, il y en a plus de 2 000. Suite à un enchaînement de circonstances, nous avons rejoint un village au nord de la Castille : 3 000 hectares de nature vierge. C’était vraiment un moment fort : on a passé tout un hiver en compagnie d’ingénieux Robinson Crusoé qui y vivaient déjà depuis pas mal d’années. Ils se sont retirés de Babylone – symbole de corruption et de décadence –, comme ils disent, pour vivre une vie la plus autonome possible, sans électricité et loin des services publics.

Et en cas de problème grave ?
Evidemment, si un enfant tombe d’un mur dans ce village, il n’y a ni médecin ni infirmerie. Dans ce cas, on est d’autant plus prudent. Il faut assumer ses actes, c’est comme cela qu’on gagne sa liberté. Ça nous est arrivé de pleurer en chemin, plusieurs fois. Partir à l’aventure, ce n’est pas facile. On rit souvent, mais on pleure aussi.


Le village “alternatif” dans lequel ont vécu les Delloye est fait de
cabanons en bois construits sur les ruines de maisons en pierre. Il abritait
40 personnes à l’arrivée de la famille. Toutes les générations y sont
représentées. (Photo Delloye)


Madeleine et Pierre imposent le rythme
de marche avec leurs petites jambes.
(Photo Delloye)

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