Comment avez-vous atterri en Côte d’Ivoire ?
J’ai d’abord travaillé en Algérie. Je sortais de droit et j’étais chargé de cours.
J’ai tout de suite eu le virus africain. J’ai ensuite été envoyé à Kinshasa par
la Compagnie maritime belge (CMB). Je suis rentré en Belgique, puis on m’a envoyé pour une mission de trois mois. Je devais assister le ministre de la Marine
pour organiser un colloque à Bordeaux sur l’exploitation des fonds marins. Je suis resté dans son cabinet. J’étais alors chargé d’organiser les structures maritimes dans 25 pays d’Afrique centrale et occidentale, de la Mauritanie jusqu’en Angola. Au bout de 5 ans, vu le réseau de relations que j’avais tissé, la CMB m’a demandé de créer des agences pour elle dans ces différents pays. En 92, j’ai créé mon cabinet d’affaires, pour représenter les sociétés belges auprès des bailleurs de fonds. Et en 96, j’ai eu l’occasion de reprendre avec des partenaires belges une industrie d’acier.
Qu’est-ce qui vous a poussé à partir en Afrique ?
C’est un peu le hasard, favorisé par un attrait pour la découverte et la différence. Et puis le fait que j’avais de bonnes racines en Belgique m’a permis de partir. Aujourd’hui, l’Afrique m’a donné beaucoup : d’abord ma femme et mes enfants !
Que faites-vous dans ce pays ?
J’ai une fonderie, la seule du pays.
Quelles activités faites-vous qu’on ne trouve pas en Belgique ?
J’ai développé un grand intérêt pour l’art africain. J’ai une collection importante de pièces que je ramène de mes voyages.
Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
Le côté difficile, c’est le climat. La chaleur et l’humidité constantes sont très fatigantes.
A-t-il été facile de s’intégrer là-bas ?
Je suis un peu un africaniste. On m’a dit récemment qu’on ne savait plus si j’étais ivoirien ou belge. Et souvent mes enfants me disent que j’ai par moments un accent ivoirien. Mais je suis et je reste un Belgo-belge jusqu’au bout des ongles.
Comment s’organise-t-on avec une famille là-bas ?
Avec beaucoup de facilité. Le système scolaire est celui du lycée français. L’école est de grande qualité. Quand il y a eu les troubles en 2004,
es enfants ont été rapatriés à Bruxelles et ils étaient attendus par le lycée.
Y a-t-il beaucoup d’autres Bruxellois, et d’autres expats ?
J’ai créé en 85 la Chambre de commerce belge, avec l’appui des ministres de l’époque. Organisme que les Français n’avaient pas encore mis en place. Cela a fait des jaloux… Nous avons donc un Belgium Business Club qui fonctionne toujours très bien et qui compte 65 membres. Tous les six mois, nous organisons des moules- frites. Avant la crise, nous étions quelque 15000. Maintenant, il reste peut-être 400 Belges. La Côte d’Ivoire est un pays très accueillant. Plus de 40 % de la population est étrangère. Aujourd’hui, beaucoup d’ambassades ont fermé leurs portes. La Belgique continue a en avoir une, mais on a hélas suspendu la coopération.
Qu’est-ce qui vous a frappé en arrivant dans ce pays ?
Le sentiment de liberté extraordinaire qu’on a, amenuisé par les crises et l’insécurité. J’ai aussi découvert une grande chaleur dans tous les sens du terme, et une certaine naïveté qui m’a beaucoup séduite. Et puis, il y a une aisance de vie, qu’il ne faut pas cacher.
Comptez-vous rentrer un jour à Bruxelles ?
J’aimerais bien pouvoir partager mon temps entre Abidjan et Bruxelles. J’ai de plus en plus besoin de mes racines, même si je me définis comme un métis socio-économique et culturel.
Laure D’Oultremont