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Comment avez-vous atterri au Congo ? Je suis de formation actuaire. Après six mois enfermé dans un bureau place de Brouckère, je me suis rendu compte que je n’étais pas fait pour ça. Je suis alors parti pour une première mission avec l’APEFE, comme enseignant. Après six mois, j’ai découvert qu’il y avait quelque chose à vivre là-bas et je suis resté. J’ai été prof pendant 14 ans dans la brousse. Et vu la dégradation de l’enseignement, je suis rentré dans une ONG médicale appelée Memisa.
Quelle est votre fonction ? Je suis coordinateur adjoint pour tout ce qui est administratif et financier, c’est-à-dire que je m’occupe de tout ce qui n’est pas médical. C’est une ONG dont j’apprécie beaucoup les missions. Nous ne travaillons pas pour l’urgence. Nous prenons en charge les soins de santé primaire dans le respect des structures médicales locales. Nous travaillons avec les autochtones, nous ne faisons pas le travail à la place des médecins ou des chirurgiens.
Qu’avez-vous découvert là-bas ? On pense souvent que nous Occidentaux avons beaucoup de choses à donner là-bas, au niveau de certaines connaissances techniques et intellectuelles. Mais eux, ont quelque chose qui n’existe pas chez nous : un style de vie, une chaleur de vivre plus forts qu’ailleurs. La personne compte plus que tout. Quand on prend une photo, on photographie des gens et pas des bâtiments. Quand on visite, on rend visite à quelqu’un et pas à un musée...
Quelles sont les autres activités que vous faites ? Quand j’étais en brousse, j’animais un groupe de jeunes. Le but était de créer une société commerciale sans demander de l’aide extérieure. Nous avons ainsi construit un bar terrasse, un hôte, une menuiserie, un service de bureautique… Ce centre existe toujours. Depuis un an que je me suis installé à Kin, j’attends de voir ce que je peux faire.
Avez-vous observé une grande différence entre la vie en brousse et en ville ? Oui, à Gemana Equateur où j’ai vécu pendant longtemps, les jeunes reçoivent une éducation traditionnelle. En ville, il n’y a plus rien. Ni politesse apprise des aînés, ni influence occidentale. Les jeunes s’inspirent de ce qu’ils voient à la télé. Ce n’est pas une généralité, mais c’est ce que j’ai observé…
Que vous manque-t-il de Bruxelles ? Le fromage et le chocolat, la culture ! Il y a néanmoins le centre culturel Français et le centre Wallonie-Bruxelles qui sont connus à Kinshasa.
A-t-il été facile de s’intégrer socialement ? Les contacts se font très facilement. L’individualité est moins forte que chez nous. Si on a un ami, on connaît ses amis, sa famille, son entourage, son milieu. Quand mes parents m’ont rendu visite, ça a soulagé mes amis de voir que je n’étais pas seul, que j’avais une famille. Ce sens de la collectivité va parfois plus loin : il nous arrive parfois de payer un peu les paroles maladroites d’un ministre…
Rencontrez-vous beaucoup d’expats ? Il y en a beaucoup, qui travaillent à l’ONU, dans des ONG. Mais je ne les rencontre pas souvent. Pourquoi quitter Bruxelles, si c’est pour revoir des Bruxellois…
Avez-vous été confronté à de grandes différences culturelles ? Quand on arrive là, on croît être proche des Congolais, on pense parler la même langue, avoir la même religion. Mais c’est très différent. Pas question par exemple de remettre en question l’existence de Dieu, c’est un acquis.
Comptez-vous rentrer un jour à Bruxelles ? Ça me paraît difficile. J’ai créé un réseau de relations que je n’ai pas envie de quitter. Si je rentrais, il me faudrait tout reconstruire ici.
LAURE d’OULTREMONT
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