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La Tribune de Bruxelles n° 347 - Paru le MARDI 16 FÉVRIER



TBX n° : 347
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CARNET DE VOYAGE En Asie, avec Aurélie

Belge de 27 ans, prof de français à Bruxelles et barmaid le week-end, Aurélie a décidé de tout quitter du jour au lendemain pour entreprendre un voyage d’un an à travers la grande Asie. Chaque semaine, elle nous parle de ce voyage extraordinaire.

J’ai fait mes premiers pas sur la terre indienne il y a deux semaines et j ai beau chercher des points communs avec Bruxelles, je n’en vois aucun. Rien n’est explicable, tout est incompréhensible. Mon besoin de repères, de faire doucement la transition entre l’Asie et l’Occident me pousse à entrer dans la seule école française de Calcutta.


Je flâne un peu dans la bibliothèque et j’erre dans les couloirs. L’odeur de craie, de livres et de cahiers m’est familière. Je souris. Le directeur me reçoit, survole mon diplôme, sort un contrat et en cinq minutes je signe mon engagement. Y aurait-il aussi pénurie dans l’enseignement pour que décrocher un poste soit si facile ? C est vrai que le salaire – 2 euros par heure de cours donnée – est une misère, et que le matériel scolaire est de l’ancien temps. Qu’importe, je m’en moque, je vois là quelques fantaisies de plus dans un budget serré, et une belle opportunité. J’ai toujours considéré l’école comme un théâtre, avec ses farces, ses comédies et parfois ses tragédies. Même scénario, nouveau décor, nouveau public et nouvelle adaptation. L’enseignant est un comédien et je deviens itinérante.


Le soir même, je me retrouve devant une quinzaine d’Indiens. Ils me déstabilisent. Moi qui ai l’habitude de passer les dix premières minutes du cours à demander à certains élèves d’enlever leur veste et de prendre leur cahier, je trouve ici un silence religieux et des regards avides dès la première seconde. Piquée de curiosité, ma première question après quelques présentations est de connaître leurs motivations. Car apprendre le français à Calcutta ne sert à rien : pas une entreprise, pas un restaurant, pas de bibliothèque francophones. Rien, aucun lieu où l’on peut parler français. Ce sont leurs réponses qui m’ont donné la joie de leur enseigner ma langue pendant un mois… L’un rêvait de lire Victor Hugo en français, l’autre espérait comprendre les textes de Diderot, ou le plus jeune, 15 ans, Harry, m’a dit timidement qu’il aimait tout simplement la langue de Molière. Pendant trente jours, j’ai vécu, grâce à eux, une véritable réconciliation avec l’enseignement. -
(TBX n° 347, Page 15, paru le 2010-02-16)

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