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La Tribune de Bruxelles n° 345 - Paru le MARDI 2 FÉVRIER



TBX n° : 345
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Politicovskaia... à vos souhaits !

Que s’est-il passé en vous, jeune auteur belge, pour écrire autour d’Anna Politkovskaia ?
En 2006, cette journaliste est assassinée. Ce qui me marque terriblement. Elle meurt de manière violente pour ses idées. Quelque chose s’est alors mis en place : j’avais envie de venger cette mort et en même temps, de mettre en question la figure de l’engagement. Et j’avais aussi envie de réfléchir à cette question : s’engager totalement pour ses idées quand on a une vie, un mari, des enfants, est-ce humain ? Est-ce tenable ?
Alors, vous avez la réponse ?
Non, pas vraiment ! En écrivant cette pièce que je tenais à écrire, j’étais “dur” avec cette Anna à laquelle je pensais, je n’avais pas envie d’en faire une idole, une héroïne martyre. J’avais envie de comprendre un “fonctionnement”. J’ai beaucoup lu, je me suis documenté et je me suis vraiment rendu compte que si elle n’avait pas fait ce qu’elle avait fait, si elle n’avait pas dénoncé, témoigné, alerté, on en saurait vraiment peu par rapport à la Tchétchénie, par exemple, et au régime de Poutine.
Etes-vous vous-même quelqu’un d’engagé ?
A la base, je pense ne pas être quelqu’un d’engagé, mais l’injustice me dégoûte. Je ne suis pourtant pas du genre à me mêler à des manifs. Il faut quand même reconnaître que j’ai un peu une âme de syndicaliste. Mais mon engagement le plus profond, je le mets dans l’écriture.
“Politicovskaia” est le deuxième volet d’une trilogie familiale entamée avec “L’Homme du câble”, qui abordait les rapports mère-fils.
Ici, ce sont les relations grand-mère à petit-fils qui sont mises en avant. Ma grand-mère est vraiment “venue” alors que j’essayais d’écrire cette pièce. Cela m’a paru soudain évident de confronter d’une certaine manière une héroïne du quotidien et une figure de l’Histoire. Toutes deux, elles partagent le sens du sacrifice, et la capacité à en faire des tonnes, pour l’une, ou à soulever l’opinion, pour l’autre. Bref, à faire bouger les choses.
C’est une fiction avec une bonne dose d’autobiographie ?
J’ai toujours puisé dans mon histoire les sujets transfigurés de mes pièces. ici, il y a Mémé, une couturière wallonne pure souche que je joue et qui parle le wallon, il y a Thibaut, interprété par un autre comédien que moi, et il y a même un ami à moi qui joue en fait son propre rôle. Et il y a Anna qui apparaît et parle anglais... C’était une façon de faire le deuil de ma grand-mère, un sacré personnage qui m’a donné le goût du théâtre et était très présente dans la famille. Une façon aussi d’amener Anna P. non en tant que figure politique, dont les écrits ne parlent que d’atrocités impossibles à mettre sur une scène, mais en tant qu’être humain, dans sa vie privée. Nous l’avons déjà joué quelque fois et c’est frappant de voir le public s’identifier directement à la relation entre la grand-mère et son petit-fils.
C’est dur de jouer sa grand-mère ?
Je n’ai jamais joué mon propre rôle, je ne pourrais pas. Mais jouer Mémé, ça oui, c’est formidable, je joue avec le wallon pour qu’on le comprenne, je l’interprète comme je la voyais. J’ai aimé écrire ce rôle et j’aime le jouer.
Racontez-nous l’histoire en deux mots.
Tout commence dans une maison de vacances à Middelkerke. Le 7 octobre 2006, Thibaut retrouve Anna Politkovskaia dans sa chambre de la maison familiale de Middelkerke où il se trouve avec sa grand-mère. Il imagine directement un sombre complot et n’aura plus qu’un but : la ramener à Moscou pour que la vérité de cette femme éclate. Elle parle peu, cela dit, sauf une fois où elle va se mettre à raconter le massacre de Beslan : il fallait qu’elle s’impose aussi, quand même en tant que figure politique, reporter “de guerre”...
C’est un peu loufoque, non ?
Oui ! Il y a du wallon, du russe, de l’anglais, une situation de départ étonnante, du rire, des coups de théâtre, du road-théâtre aussi, en quelque sorte. C’est un peu... “lynchien” . Je revendique complètement la culture de l’absurde qui est la nôtre en Belgique. Je me sens appartenir à cette ligne-là, et de plus en plus.E.W.

“Politicovskaia”, jusqu’au 13/02 au Théâtre des Riches-Claires, rue des Riches-Claires, 24 – 1000 Bruxelles.
Rés. : 02 548 25 80. www.lesrichesclaires.be
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(TBX n° 345, Page 10, paru le 2010-02-02)

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