La Solvay Business School, l’école de gestion de l’Université libre de Bruxelles, est réputée pour former de futurs grands responsables et décideurs. Et pourtant, certains diplômés décident sciemment de prendre un tout autre chemin. C’est le cas d’Alexandre Vizorek qui, une fois son diplôme en poche, a décidé de tenter sa chance à Paris pour laisser libre cours à sa fibre comique. Après trois ans de formation au célèbre Cours Florent, le tour des scènes ouvertes parisiennes – où les jeunes humoristes en devenir ont droit à leurs trois minutes de gloire – et deux prix prestigieux en France et en Suisse, il débarque maintenant sur ses terres natales avec la ferme intention de marquer les esprits avec son humour ciselé, subtil mélange de jeux de mots et de comique de situation. Féru de belgitude, il tentera de répondre aux questions existentielles que chacun de nous se pose forcément à un moment donné de sa vie, telles que “Y a-t-il de meilleurs cymbalistes que d’autres ?” ou “Quelle est la véritable histoire de Manneken Pis ?” Oui, oui, des questions existentielles, qu’on a dit !
Dans un one-man-show qui fait la part belle à l’art et à la culture, ce Maître Cappello des temps modernes, bercé à la littérature et à la musique classique, s’écarte des autoroutes de l’humour traditionnel et emprunte des chemins de traverse sur lesquels on croise Marguerite Duras, Carlos, Jean Renoir, Msitslav Rostropovitch, Salvador Dalí, Yasunari Kawabata, Rainer Maria Rilke, notre famille royale ou Lara Fabian.
Kawaba… qui ? Certes, certains noms pourraient faire peur ou laisser croire à une “masturbation” intellectuelle plus qu’à un véritable moment de pur délire. Mais n’ayez crainte, sous des airs faussement intello, Alex Vizorek n’a pas la grosse tête et ne tente pas de jouer au professeur. Au contraire, il prouve que tous les thèmes, même les plus “sérieux”, peuvent être tournés en dérision. Car comme il le souligne, il “
ne prend pas grand-chose au sérieux”. De plus, il
“voulait partir sur un thème peu traité, parce que choisir de parler des relations homme-femme, c’est comme tremper sa plume dans un encrier où beaucoup de gens sont déjà passés. Non, je voulais autre chose, et je me suis rendu compte que l’art serait un très bon fil conducteur. Mon but est donc d’être drôle et de surprendre le public sans qu’il n’ait rien vu venir, en abordant plein de trucs décalés. Mon spectacle est vraiment comme la cuisine moléculaire, j’y mets plein d’ingrédients et les gens prennent ce qu’ils veulent, il y en a pour tous les goûts.”
Partant du constat qu’il n’existe que très peu de structures et de tremplins pour les jeunes humoristes en Belgique, Alex Vizorek, à l’instar de bon nombre de ses compatriotes aujourd’hui reconnus, a décidé de passer par Paris pour se faire un nom. Car là-bas, contrairement à ici, il existe de nombreuses scènes ouvertes permettant aux jeunes artistes de se produire en public. Ils ne sont pas payés, mais en contrepartie, ils reçoivent l’avis du public, ce qui est un luxe quand on sait que c’est cet avis qui leur permet de peaufiner l’écriture.
Et de l’écriture, il en est question, car “
être humoriste est un métier à part entière, il ne suffit pas d’être juste comique, il y a tout un travail d’orfèvrerie et de précision derrière”, comme le précise Alex. “
Mais au-delà de l’aspect pratique de la chose et contrairement au public belge qui se montre extrêmement frileux avec ses propres talents, les Français s’arrachent l’humour belge et son décalage.
C’est comme si notre belgitude (humour entre humilité et provocation)
nous permettait d’être moins politiquement corrects et cautionnait le fait de dire des crasses.”
Toujours est-il qu’Alex Vizorek avoue avoir énormément appris à Paris et souhaite s’y faire connaître prochainement avec son spectacle, car il est convaincu que si ça marche là-bas, ça marchera forcément ici, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs. En attendant, c’est sur les planches bruxelloises qu’il rodera son spectacle, qui s’annonce d’ores et déjà très surprenant. Un événement à ne pas rater.
STEPHANIE BOURGEOIS -
(TBX n° 343, Page 7, paru le 2010-01-19)
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